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LE PITON DE LA FOURNAISE
 
La Fournaise a émergé Il y a au moins 500.000 ans sur le flanc Sud-Est du piton des Neiges. Jusqu'il y a quelques dizaines de milliers d'années, les deux massifs ont été en activité simultanée, alternant les coulées pour former la selle centrale de l'île, de St Pierre à st Benoît en passant par les "Plaines".

 

Le massif de la Fournaise représente environ un tiers de la surface de l'île. h se présente schématiquement comme une série de caldeiras emboîtées et orientées vers la mer. Les effondrements les plus excentriques et les plus anciens ont déjà été largement érodés et forment, au fond de la rivière des Remparts ou de Langevin, l'ébauche de futurs cirques.

L'activité volcanique actuelle se circonscrit généralement à l'intérieur de la caldeira centrale ou Enclos mais Il arrive qu'elle en sorte. Les éruptions se signalent longtemps à l'avance par un gonflement du bouclier et des micro-séismes, parfaitement détectés par les instruments de mesure de l'observatoire du volcan. On peut ainsi prévoir avec une assez grande précision le point d'émergence des laves.

Celles-ci sont de différents types. Les coulées les plus fréquentes sont en "gratons" (lave écumeuse dite aa à Hawaï) mais il n'est pas rare, quand le magma est plus siliceux, de voir des coulées de lave cordée ou en 'tripes'. De la fluidité de la lave dépend le type de bouche éruptive : certains cratères ne sont que des crevasses sur les pentes de la Fournaise, laissant couler leur lave fluide (1100`C) comme d'une blessure ;

d'autres propulsent des paquets de magma géants et des bombes volcaniques qui, en retombant aux alentours, finissent par ériger des cônes à forte pente ; d'autres encore n'apparaissent plus au bout de quelques jours que comme des cheminées de dégazage d'où part, par des tunnels sous-basaltiques, la lave fluide qui n'émerge à l'air libre que beaucoup plus loin.

Ces bouches d'émissions peuvent apparaître à peu près n'importe où à l'Intérieur de l'Enclos et sur ses pentes extérieures côté mer : tout le bouclier est largement fissuré. Ces Innombrables éruptions font des hautes pentes de la Fournaise un monde presque uniquement minéral -encore que l'humidité permette la croissance de plantes rachitiques et même la vie de petits Insectes- marqué de toutes les couleurs allant de l'ocre au noir brillant et piqueté de cônes et résidus de cônes aux formes les plus étranges. On peut même visiter des bulles de lave

géantes sur le sentier qui mène au cratère Bory (2631 m). Il ne faut pas se laisser tromper par les appellations de "cratères" données au Bory et au Dolomieu : si le Bory a peut-être été empli par un lac de lave, le Dolomieu est un cratère d'effondrement, dernière caldeira en date de la Fournaise, excavée en 1931 seulement. Les éruptions de la Fournaise sont relativement fréquentes et il ne se passe guère d'année sans alerte. Ces éruptions sont généralement inoffensives mais la plus grande prudence est demandée au visiteur du volcan : si la lave n'a jamais tué, le froid l'a déja fait de nombreuses fois.

LES DANGERS DU PITON DE LA FOURNAISE

Le volcan est-il dangereux ? Les laves de type hawaién ne forment pas de cratère explosif et préviennent largement à l'avance de leur arrivée. Ce qui ne veut pas dire qu'elles soient sans surprise : on avait oublié qu'il pouvait y avoir des éruptions hors Enclos quand, en 1976, la lave envahit Piton Ste Rose. Résultat, 20 maisons brûlées et une église de pierre et... une gendarmerie cernées par la roche témoignent de Pàques agitées. L'événement s'est reproduit en 1986 au Trernblet. Cependant. la relative lenteur des laves a toujours permis d'évacuer la population à temps. Le vrai danger du volcan est l'imprudence de ses visiteurs : ses rares victimes sont mortes de froid. perdues dans le brouillard.

Cinq cent mille ans de coulées ont formé un territoire considérable : le massif de la Fournaise s'étale en un trapèze de 45 sur 25 km. Seule la partie centrale est constituée de laves nues : les zones les plus anciennes, notamment les Plaines et les basses pentes sont recouvertes d'humus et soit boisées soit cultivées.

Toute la périphérie de l'Enclos est constituée d'alternances de roche nue et de basse forêt. Les hasards de la géologie y font voisiner, à quelques kilomètres de distance, de véritables déserts d'altitude (la Plaine des Sables) et des marécages curieusement perchés au haut d'un rempart (les Mares du Tremblet). Certains endroits conservent quasi-intactes les traces d'anciens cratères alors que d'autres sont couverts d'une forêt primitive impénétrable. Sur les flancs Sud-Est et Nord-Est, cette forêt plonge quasiment jusqu'à la mer, ne laissant qu'une étroite bande littorale, habitée et cultivée partout sauf évidemment au bas du Grand Brûlé, débouché habituel des laves.

La mer a taillé les coulées en falaises spectaculaires, d'où des pêcheurs virtuoses partent piéger le poisson, abondant en ces eaux.

En remontant vers l'ancien massif. sur la côte au vent de Ste Rose à St Benoît et sur la côte sud de St Joseph à st Pierre. la bande littorale s'élargi, donnant place à de riches terres à canne et de riantes agglomé­rations ici, même si on est planté sur ses racines,la Fournaise semble bien loin...

Les deux côtes sont reliées par un ensel­lement qui forme liaison entre les deux massifs (et qui est le seul endroit où on puisse traverser l'ile, compte tenu du relief agité des cirques et de la Fournaise).

Du Tampon à la Plaine des Palmistes, les "Plaines" sont en lait une large pente montante puis descendante, parfois coupée de plateaux et balisée ici et là par quelques cônes volcaniques. Elles culminent à la Plaine des Cafres (Bourg-Murat), petit village sis à 1600 m d'altitude et base de départ vers le volcan.

Les différences d'altitude et de pluviométrie ont déterminé une zone de la canne, une zone de polyculture (essentiellement maraîchère) et une zone d'élevage. Les forêts primitives ou cultivées sont également nombreuses.

Malgré l'abondante pluviométrie qui règne dans les hauteurs, notamment sur la côte au vent, les cours d'eau de cette région apparaissent moins nombreux que dans le vieux massif. II faut y voir les conséquences de la porosité des roches volcaniques nues, qui absorbent les eaux de pluie pour ne les restituer en sources spectaculaires que mille mètres ou plus en aval (sources de la riv. de l'Est).

Cette région offre en résumé une des visions les moins "tropicales.' de la Réunion : falaises sauvages. hautes plaines quasi-bretonnes, immenses crevasses des vallées (1000 nt de dénivelé au Nez

de Boeuf ou au Morne de Langevin) et par-dessus tout cela le paysage lunaire et les occasionnels feux d'artifice du volcan...

Dépayse-ment garanti et "changement d'air exceptionnel, loin des chaleurs de la côte !

 

source : La Réunion - Daniel Vaxelaire


           
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